Prémisses d'un drapeau national
Avant que le Gwenn ha du ne s'impose comme l'« emblème moderne de la Bretagne » (selon les termes de son créateur), le drapeau d'hermine, symbole du duché de Bretagne, en tenait lieu. Dès le XIXe siècle, le besoin d'identification se faisant sentir dans le mouvement breton, les drapeaux d'hermine, en différentes versions, ont ressurgi lors de nombreuses manifestations culturelles et religieuses (chrétiennes et druidiques).
Juste avant la Grande guerre, on redécouvre le drapeau herminé à croix noire qu'utilise la Fédération régionaliste de Bretagne, mais il restera cantonné à des mouvements catholiques, notamment le mouvement scout Bleimor.
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L'utilisation par les mouvements nationalistes et autonomistes d'avant-guerre
Le Gwenn ha du a été créé par Morvan Marchal, membre de différentes organisations nationalistes et autonomistes, et rédacteur du journal Breiz Atao. Le drapeau qu'il créa fut utilisé par ces mouvements et aussi pour représenter la Bretagne à l'extérieur.
En 1925, le journal Breiz Atao salue la création du drapeau, dans un article titré « Pour un drapeau de l'U.Y.V. » :
« On a vu dans notre dernier numéro l'intéressante initiative que nous devons à un groupe de nos amis les plus sûrs, et particulièrement à Ronan Rickwaert »
(in Breiz Atao n° 83, 11/1925, p. 615). La paternité de ce drapeau n'est pourtant pas attribuée à Ronan Rickwaert, mais bien à Morvan Marchal.
La première grande apparition du drapeau date de l’exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925. Le but des mouvements bretons est de faire du Gwenn ha du un « drapeau national breton » ; il fut adopté comme tel en 1927, lors du Congrès du Parti autonomiste breton, regroupant ceux qui se présentaient comme nationalistes, autonomistes ou fédéralistes.
Après des contacts entre les nationalistes et l'ambassade d'URSS à Paris, dans la période 1929-1932, l'Association des Bretons émancipés, une organisation proche du PCF, adopte ce drapeau quand Staline ordonne au PCF de soutenir les autonomistes alsaciens et bretons liés aux pangermanistes hostiles au Traité de Versailles contre les tenants du Traité de Versailles, dont le gouvernement français.
Il fut également choisi en 1937 pour flotter sur le pavillon de la Bretagne de l'Exposition universelle où exposaient les artistes modernistes bretons regroupés dans le mouvement Ar Seiz Breur.
A la même époque, Morvan Marchal expose sa vision du drapeau qu'il a créé :
« Ce drapeau, qui, je le répète, n'a jamais voulu être un drapeau politique, mais en emblème moderne de la Bretagne, me paraît constituer une synthèse, parfaitement acceptable de la tradition du drapeau d'hermines pleines, et d'une figuration de la diversité bretonne. [2] »
(in "Breiz Atao", n° 288, 31/10/1937, p. 2, « Le drapeau breton », qui reproduit un article de Marchal paru dans Ouest-Eclair de la même année)
En 1986, une étude sur Marchal précise : « le drapeau semé d'hermines a été l'emblème officiel du duché de Bretagne (…). Pourtant, les jeunes de Breiz Atao veulent l'abandonner, à cause de la confusion (…) avec les fleurs de lys des royalistes. Marchal et Rickwaert trouvent dans les armes de la ville de Rennes matière à inspiration » (Dalc'homp Soñj, n° 17, 1986, p. 22, « Morvan Marchal, 1900-1963, créateur du Gwenn ha Du », Jakez Gaucher)
En 1937-38, le Gwenn ha Du commence à être connu et donne lieu à une querelle : par journaux interposés, les tenants du drapeau d'hermines dit "traditionnel" défendent leur drapeau face aux tenants du drapeau à rayures dit "moderne" ou "Gwenn ha du". Ces drapeaux feront l'objet d'un choix quasi politique assez marqué avant-guerre : les "modernistes" proches de Breiz Atao utilisent surtout le Gwenn ha du, alors que les pélerins des pardons et autres fêtes religieuses, mais aussi de nombreux bagadoù, utilisent le drapeau d'hermine.
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Le renouveau du Gwenn ha du
Ce dernier cédera le pas petit à petit devant le nouveau drapeau. Après la guerre, le Gwenn ha du, à cause de sa connotation séparatiste, se fait plus discret. Malgré tout, il s'impose progressivement face au drapeau herminé, porté par le sel de la subversion, élément qui fut essentiel dans son succès auprès des Bretons.
Le 27 mai 1965, l'équipe de football de Rennes l'emporte sur Sedan lors d'un match comptant pour la coupe de France, et c'est un déferlement de Gwenn ha du. L'onction populaire touche le nouveau drapeau breton, qui devient LE drapeau breton. Aujourd'hui, bien que n'ayant pas de statut administratif officiel, le « Gwenn ha du » a perdu sa connotation séparatiste et flotte sur la plupart des mairies et sur de très nombreux bâtiments publics, symbole d'unité et de diversité de la Bretagne. Il est de toutes les fêtes bretonnes ; dans les défilés, la tradition veut que le porte-drapeau le tienne à bout de bras. Le drapeau d'hermine n'a pourtant pas disparu, il est encore utilisé par plusieurs bagadoù et flotte toujours devant plusieurs mairies et maisons bretonnes. De même, le "Kroaz du" non herminé se voit de-ci de-là, surtout en mer.
À noter que la région Bretagne utilise le Gwenn ha du à côté d'un drapeau chargé de son logo, dont la nouvelle version réalisée en 2005 comporte une moucheture d'hermine.